Et si le prochain pape était noir

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[chap]L’annonce de la démission de Benoît XVI a créé la surprise. Elle sera effective le 28 février. Un nouveau pape devrait être élu par le conclave avant Pâques, soit le 31 mars. Et si son successeur était noir? C’est du moins le scénario imaginé par Will Argunas dans son album In the name of, publié l’an dernier aux éditions Casterman.[/chap]

[let]L[/let]a démission de Benoît XVI peut surprendre. Depuis 600 ans, aucun pape n’avait renoncé à ses fonctions, même s’il y a eu des précédents dans l’histoire de la papauté. Benoît XVI s’en est expliqué en affirmant lors d’un consistoire ce lundi 11 février : “je suis convaincu que mes forces, vu mon âge avancé, ne me permettent plus d’exercer correctement le ministère ». Attitude raisonnable s’il en est, la fin de son pontificat ouvre les hypothèses sur sa succession. Cette succession, Will Argunas l’a imaginée dans un thriller rondement mené autour des mystères du Vatican. Sur fond de complot médiatique, le nouveau pape Nelson Ier d’origine africaine est assassiné lors de sa première apparition publique aux Etats-Unis. In the name of renoue avec les intrigues des grandes affaires politico-religieuses dans une narration en sépia rehaussée de rouge jusqu’au dénouement final laissé à la seule discrétion du lecteur et caché au reste du monde. Ce polar noir utilise tous les ingrédients des conspirations les plus classiques cuisinées au regard du plausible et acquiert dans l’actualité récente une dimension de réalité.

Né Joseph Ratzinger en 1927 en Bavière, Benoît XVI devient un éminent théologien avant d’être nommé archevêque de Munich et Freising, en Bavière, entre 1977 et 1981. Il prend ensuite la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ex-Saint-Office, dont la mission est de « promouvoir et protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique ». Elu le 19 avril 2005, à 78 ans, il devient le 265e pape de l’histoire et succède à Jean-Paul II. Ses huit années de pontificat auront été marquées par le conservatisme.

Un pape conservateur

Face aux scandales et aux révélations dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique du Nord des affaires de pédophilie incriminant des membres du clergé, Benoît XVI finit par demander explicitement pardon aux victimes en juin 2010. Partisan de l’orthodoxie liturgique, un décret daté de 2007 libéralise à nouveau la célébration de la messe en latin. Opposé à l’avortement, à l’euthanasie et condamnant l’homosexualité, Benoît XVI s’attaque aux préservatifs en 2009, alors qu’il se rend en Afrique en déclarant : « je dirais qu’on ne peut pas vaincre ce problème du sida uniquement avec de l’argent, qui est nécessaire. S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut le résoudre en distribuant des préservatifs. Au contraire, ils augmentent le problème ». Il admettra cependant un usage très limité pour lutter contre l’épidémie du sida. En janvier 2009, la levée de l’excommunication de quatre évêques intégristes, dont le négationniste Richard Williamson fait scandale. La béatification du pape Pie XII, symbole du silence de l’Eglise face à la Shoah et au nazisme, a définitivement alarmé la communauté juive. En 2012, Benoît XVI est confronté à l’intérieur du Vatican à un scandale de fuites de documents confidentiels, qui verra l’arrestation de son propre majordome, Paolo Gabriele, condamné pour avoir révélé à la presse italienne les luttes intestines autour du Saint-Siège. Un épisode qui aura sans doute déterminé le souverain pontife à renoncer à son ministère.

Un successeur africain ?

Comme lors de la succession de Jean-Paul II en 2005, l’espoir de voir un pape représentant les pays d’Afrique ou d’Amérique du Sud renaît. Le cardinal nigérian John Onaiyekan, qui prêche pour la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans, pourrait incarner cette nouvelle voie. Pourtant, personne ne s’attend véritablement à l’avènement d’un pape révolutionnaire, tout simplement parce que les cardinaux électeurs ont été choisis depuis des années par le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, c’est-à-dire par Joseph Ratzinger (Benoît XVI) lui-même, sous le pontificat de Jean Paul II. C’est pourquoi la vision très européo-centrée et traditionaliste de l’Eglise a toujours triomphé. Qu’importe, à la lecture de In the name of, le parallèle avec Barack Obama, proposé par Will Argunas a tout du possible. Pour le reste, les voies du Seigneur sont impénétrables.