Garfield, les lasagnes et la malbouffe

 

©Dargaud

Le scandale des lasagnes Findus jette l’opprobre sur la recette préférée de Garfield.  Mais au-delà de la fraude “avérée” de la société française Spanghero, cette affaire, qui remet en cause la traçabilité de la filière viande et poisson, interroge autant le comportement des fabricants que les habitudes des consommateurs.

 

Pauvre Garfield qui fête ses 35 ans cette année. Pas sûr que le gros chat orange et rayé, inventé en 1978 sous le crayon de Jim Davis, donnerait son royaume pour des lasagnes surgelés Findus ou encore les raviolis, les merguez et toutes les sortes de plats cuisinés incriminés dans cette affaire. Pourtant, il n’y a sûrement pas de quoi couper l’appétit de ce véritable ventre à pâtes félin qui vendrait son âme pour de la nourriture dans la mesure où cette fraude aussi scandaleuse soit-elle ne représente pas, en soi, de danger pour la santé.

Prendre des vessies pour des lanternes, un cheval  pour un bœuf.

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Révélé en Grande-Bretagne, un pays où manger du cheval est un tabou, le dessin cynique de Jeromeuh frappe juste, il n’en demeure pas moins que l’histoire se répercute sur l’ensemble d’une filière provoquant une crise de confiance auprès des consommateurs abusés.

Le discrédit d’une filière

Le problème ne tient pas en réalité à la viande de cheval en tant que telle, mais au malaise que ce scandale provoque vis-à-vis de circuits commerciaux de plus en plus complexes et insuffisamment contrôlés. En remontant la chaîne, de la production à la commercialisation, de nombreux intermédiaires.

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Findus, le groupe agroalimentaire international leader du surgelé en grandes et moyennes surfaces, commercialise des produits préparés par ses soins ou par des sous-traitants. Les lasagnes “à la viande de bœuf chevaline” ont été cuisinées par la société française Comigel, une entreprise sous-traitante qui confectionnait aussi des plats cuisinés pour les marques de certains distributeurs (Auchan, Casino, Carrefour-Grand Jury, Cora, Monoprix et Picard). Comigel, spécialisée dans la fabrication de plats surgelés, fournit par ailleurs des produits dans 16 pays d’Europe et possède un filiale luxembourgeoise, Tavola, éclaboussée par le scandale. Vient ensuite le fournisseur : la société française Spanghero, installée à Castelnaudary, spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de produits à base de viande. Comme chacun se renvoie la balle, la révélation que la viande provenait d’abattoirs roumains a semé comme un vent de panique et, en pointant du doigt un bouc-émissaire tout désigné, laissé aller l’opinion à tous les préjugés sur le sérieux de la production roumaine. Et pourtant, dans cette affaire, c’est bien le « made in France » qui serait remis en cause puisque à l’issue de l’enquête menée depuis le début de la semaine, Benoît Hamon, ministre chargé de la Consommation, a annoncé jeudi 14 février que la fraude avait été “avérée” et désignée comme “une tromperie économique” au sein de l’usine Spanghero.

Du profit au discount

La sanction a été immédiate et le gouvernement a pour l’instant retiré l’agrément sanitaire de Spanghero lui permettant de traiter de la viande. Une mesure appliquée dès jeudi soir, mais qui menace de licenciements les quelque 300 salariés de l’entreprise. C’est d’ailleurs, sur ce registre, jouant la corde sensible, que les dirigeants de Spanghero ont répondu ce vendredi aux accusations, en clamant leur innocence. Toujours est-il que c’est bien la logique d’un approvisionnement à moindre coût et d’une course au profit maximal qui a provoqué ce désastre et qui discrédite aujourd’hui une filière entière. La viande de cheval étant beaucoup moins chère que la viande de boeuf, ce trafic, qui porterait sur plus de 750 tonnes de marchandises, durait depuis “au moins six mois”, a indiqué Benoît Hamon. Spanghero aurait ainsi réalisé un profit de 550.000 euros sur la période avec au total, 4,5 millions de produits fabriqués et commercialisés. Le journal Sud-Ouest ironise sur les campagnes de promotion autour de ces produits dans les grandes surfaces, même si ces plans sont négociés souvent bien en amont. Mais à l’autre bout de la chaîne, le consommateur abusé n’a-t-il pas, toute proportion gardée, une part de responsabilité dans ce trafic? Car la recherche de prix toujours plus bas encourage également l’utilisation de produits moins chers à la fabrication et peut à terme nuire à la qualité, en plus de cultiver chez le consommateur une conception erronée de la réalité du marché. Un enjeu de société complexe, car il pose aussi la question de l’accès aux couches les moins favorisées à des aliments de qualité et s’inscrit plus généralement dans la “malbouffe” généralisée dans notre société de consommation.

Leçon de Malbouffe avec Garfield

Glouton, goinffre, vorace et paresseux, le chat lasagnophile incarnait déjà dans les années 1970 l’archétype de la malbouffe aux Etats-Unis. Mais cette malbouffe, montrée du doigt par les diététiciens, concerne surtout des habitudes alimentaires qui privilégient le sucre et la graisse. Un péché capital de gourmandise : le malicieux félin est aussi gourmet que gourmand. Né dans un restaurant italien, il y aurait fort à parier que les lasagnes dont il raffole ne soient autres que de savoureuses pâtes maison, des recettes variées somme toute assez faciles à réaliser. A condition, bien sûr, de se donner la peine et de ne pas céder à son tour à la paresse.