Le fils qui ne reprendra pas la menuiserie

Le fils qui ne reprendra pas la menuiserie

couve_menuiserie_la__webL’entreprise paternelle fermera quand le père d’Aurel aura pris sa retraite. Dans La Menuiserie, au cœur d’une entreprise familiale, l’histoire personnelle soutient un reportage émouvant sur les évolutions de la société et du monde du travail.

« Chronique d’une fermeture annoncée » dit le sous titre, en reprenant Garcia Marquez. Paradoxalement, on entre dans la Menuiserie, en fermant la porte. L’entreprise de père en fils fermera après quatre générations car ni Aurel, le dessinateur, ni sa sœur, la physicienne ne reprendront l’affaire. Dans ce village au cœur de l’Ardèche, les menus de Madeleine ponctuent les chapitres.

mep_menuiserie_la_-9_webLa grand-mère se souvient, à la mort de Marcel son mari, elle a continué à faire tourner la boutique, avant que son fils Arnaud, le père d’Aurel, ne soit reçu à l’école des Arts et Métiers, puis décide de reprendre l’entreprise familiale. En tournant le dos à cet héritage, le fils cherche à comprendre et peut-être à donner le change. Les cases campent une ambiance mélancolique en noir et blanc, dans un registre qui tranche avec les dessins d’humour d’Aurel pour la presse. Libéré toutefois de la culpabilité, celui-ci échappe à la nostalgie d’un récit introspectif, en prenant ses distances. Le trait documentaire rappelle celui de Davodeau, s’évade dans les paysages romantiques, tout en restant précis et réaliste quand il s’agit de montrer le travail, comme ces belles planches qui répertorient les outils.

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La démarche est exhaustive et historique, le dessinateur se place en professionnel, en journaliste qui prend le temps de récolter toutes les informations et de rencontrer tout le monde, interviewant ses proches, comme son père, le patron, mais aussi les salariés de la menuiserie et même certains anciens. Car ce livre rend surtout hommage à un métier, en disant tout de la production, des conditions de travail, de la sécurité, de la gestion de l’entreprise et du marché.

travailaurelDe l’embauche à la fermeture, avec les uns et les autres, l’enquête envisage toutes les possibilités de reprise. Un fascinant tissu humain se reconstitue, explorant l’atelier et ses artisans en profondeur, dans la confrontation des générations, des différentes personnalités, des ambitions ou des trajectoires. Les temps changent. La résignation du père écarte la culpabilité du fils. « Je me ferai mieux à l’absence de transmission qu’à une transmission merdique. » explique-t-il. La justesse des analyses n’enlève pas le deuil qu’on ressent, en refermant ce livre, en baissant les stores sur ce patrimoine.

Lucie Servin

La Menuiserie, Aurel, Futuropolis, 136 pages, 19,90 euros

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