Le port d’armes en question aux Etats-Unis

Le port d’armes en question aux Etats-Unis

hommearmeafeuLe deuxième tome de la série L’homme qui n’aimait pas les armes à feu interroge les origines du deuxième amendement de la Constitution américaine. Une question toujours d’actualité.

Colombine, Oakland, Victoria Tech… Les fusillades meurtrières aux Etats-Unis relancent les débats sur le port d’armes. Dernière en date, la tuerie dans une école élémentaire de Newtown en décembre 2012 a fait 26 victimes, dont 20 enfants. Face à la tragédie, Barack Obama a proposé en janvier une série de réformes visant la réinstallation d’une interdiction des armes semi- automatiques (une mesure en vigueur de 1994 à 2004) et des chargeurs à grande capacité, la vérification systématique des antécédents de tous les acheteurs dans l’espoir de promulguer une nouvelle loi fédérale sur le trafic d’armes. Par décret, le président américain a aussi annoncé 23 mesures immédiates portant sur le renforcement du système de contrôle des acheteurs et sur le déploiement de personnels supplémentaires dans les établissements scolaires. La réponse du puissant lobby de la NRA (National Rifle Association), qui compterait plus de 4 millions d’adhérents, a été immédiate avec la menace d’ouvrir la procédure d’“empeachment”, pour destituer le président pour violation de la Constitution.

En substance, le deuxième amendement affirme: “une milice bien disciplinée, rendue nécessaire par la sécurité d’un état libre, rend inviolable le droit du peuple de détenir et porter des armes”. Ratifié le 15 décembre 1791 au lendemain de la guerre d’indépendance, ce texte garantit le droit inaliénable et constitutionnel du port d’armes. Pourtant, son interprétation est sujette à controverse ; il oppose les Républicains revendiquant un droit personnel et les Démocrates qui en appellent à un droit limité et collectif dans le cadre d’une “milice bien disciplinée”. Encore récemment, chaque fois qu’un Etat ou une municipalité a cherché à limiter le port d’armes, la Cour suprême a invalidé ces mesures.

Une controverse historique

Ni bon, ni brute, ni truand. Dans le deuxième tome de L’homme qui n’aimait pas les armes à feu, Wilfrid Lupano place ce deuxième amendement au coeur de l’intrigue. Byron Peck, un avocat en quête de gloire, découvre une correspondance de Madison révélant les véritables motivations de cet amendement et préconisant son abolition dans la mesure où “chaque citoyen, dans un Etat juste, doit pouvoir s’en remettre aux autorités compétentes pour assurer sa sécurité et garantir ses droits”.

James_MadisonJames Madison (1751-1836), quatrième président des États-Unis de 1809 à 1817, est considéré comme un des pères de la Constitution qu’il a rédigée, aidé par une commission spéciale. Wilfrid Lupano n’invente rien. La promulgation de cet amendement, héritier du droit coutumier anglais, cherchait au lendemain de la guerre d’indépendance à prévenir la menace d’une invasion étrangère et les abus du gouvernement fédéral, mais aussi à maintenir la paix publique en réprimant les révoltes d’esclaves ou de pauvres. Ces arguments sont d’ailleurs énoncés dans les fameux “federalist papers”, un recueil de correspondances entre James Madison, Alexander Hamilton ou encore John Hay, publiées entre 1787 et 1788 visant à promouvoir la nouvelle Constitution. Après la guerre de Sécession (1861-1865) et l’abolition de l’esclavage, la Cour suprême est appelée à plusieurs reprises à légiférer, renforçant toujours au final ce droit constitutionnel. Avec humour et tout en reprenant à son compte tous les clichés du genre, ce western, dont l’action se situe en 1899, s’offre en miroir des débats contemporains. D’un Far West à l’autre, avec aujourd’hui près de 90 armes pour 100 habitants, l’Amérique a-telle tant changé ?

Lucie Servin

L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu Tome 1, Chili con carnage” et tome 2, Sur la piste de Madison Wilfrid Lupano et Paul Salomone Delcourt, 48 pages, 13,95 euros chaque

Paul Salomone, un dessinateur révélé

Scénariste de talent confirmé par une dizaine d’années d’expérience, Wilfrid Lupano a été salué encore récemment dans Le Singe d’Hartlepool, L’assassin qu’elle mérite ou encore Azimut et réalise ici un western original d’une excellente facture. Mais cette série consacre surtout Paul Salomone, un jeune dessinateur de 31 ans qui signe de premiers albums d’une belle qualité graphique. Le tome deux, augmenté d’un carnet de croquis, permet ainsi de rendre compte de la documentation précise qui alimente son souci du détail depuis la représentation des armes au mobilier d’époque en passant par les architectures et les costumes. Glissant clins d’oeil et références comme ce Clint Eastwood incrusté dans une case, Paul Salomone s’amuse de la mise en scène dans un style semi-réaliste et expressif qui sert à merveille le propos du scénariste. Ce Breton, installé à Nîmes, insiste sur l’importance “de se faire plaisir” dans la création. Le secret pour ravir n’importe quel lecteur. Du très bon divertissement.