Les malheurs de Sophie remis au goût du jour

Les malheurs de Sophie remis au goût du jour

Mathieu Sapin réactualise le célèbre roman de la comtesse de Ségur dans une bande dessinée qui dresse un portrait universel de l’enfance.

chateauCombien de petites filles ont été biberonnées à la lecture des Malheurs de Sophie, un roman publié en 1858 qui forme avec Les Petites Filles modèles (1858) et Les Vacances (1859), la célèbre trilogie écrite par la comtesse de Ségur sous le Second Empire. Le livre a d’ailleurs connu de nombreuses adaptations jusqu’à aujourd’hui : au cinéma, en dessins animés, en pièce de théâtre et même en bandes dessinées. Mathieu Sapin s’attaque de nouveau à ce classique mais propose une lecture actuelle qui répond davantage aux préoccupations des enfants de notre époque. Car Sophie, l’adorable petite peste gâtée par ses parents, M. et Mme de Réan, dans son joli château de province répond à une moralité religieuse et des conventions sociales dépassées que le dessinateur d’Akissi démocratise heureusement. En synthétisant les 22 chapitres du roman en 14 petites saynètes de deux ou trois planches, il revient ainsi à l’essentiel et épure le récit désuet et suranné inventé par la comtesse de Ségur. Ce n’est pas un hasard si Sophie Rostopchine, alias la comtesse de Ségur (1799-1874) a donné son prénom à sa célèbre petite héroïne, en s’inspirant de son enfance aristocratique russe et de sa vie pour forger ses histoires. Convertie à la littérature sur le tard, elle commence à écrire vers la cinquantaine pour ses petits enfants. Le réalisme de ses romans reste incroyablement moderne pour l’époque et rompt avec la tradition fantastique des contes pour enfants. Mais le traitement moralisateur et les leçons d’éducation toute imprimées des bonnes manières à inculquer aux jeunes filles de bonne famille déterminent une lecture trop datée aujourd’hui. Mathieu Sapin s’en détache. Il rend toutefois hommage à la comtesse de Ségur en dessinant un décor tout inspiré du Château des Nouettes où elle écrivit ses récits, mais il donne à Sophie une humanité très éloignée de la tête à claque cruelle et méchante du roman original.  De ce qu’il faut faire et de ce qu’il ne faut pas faire, Mathieu Sapin retient ce doux parfum de l’enfance qu’il arrive à saisir grâce à ses couleurs vives soutenues par son trait naïf et expressif.

poissons

la désobéissance comme expérience

couvsophieSophie, c’est la reine des chipies : menteuse, gourmande jusqu’à la gloutonnerie, égoïste, paresseuse, têtue, friponne, impatiente, voleuse, curieuse et indiscrète. Elle a pourtant tout pour elle : une maman douce et aimante, un papa qui la couvre de cadeaux, un cousin Paul qui lui pardonne toujours tout et une bonne aux petits soins.  Mais son imagination ne connaît aucune borne pour ce qui est de faire des bêtises et la désobéissance semble être son credo.  Couper les poissons rouges en morceaux, torturer une jolie poupée de cire au soleil, patauger dans la chaux, dévorer la crème et le pain chaud à s’en rendre malade, préparer du thé pour ses camarades avec l’eau du chien, Sophie n’a rien de la petite fille modèle mais son caractère profondément humain permet une identification rapide et efficace. Mathieu Sapin parvient à rendre parlants tous ces déboires par d’astucieux anachronismes et va surtout jusqu’à rajouter un nouveau personnage, un orphelin fugueur qui s’offre en miroir déshérité de l’enfance dorée de la petite fille. En traitant de la désobéissance avec légèreté, le dessinateur redonne de la fraîcheur à ce roman mythique de la comtesse de Ségur, et renoue avec l’expérience comme apprentissage universel de l’enfance.

Lucie Servin

Les Malheurs de Sophie d’après la comtesse de Ségur, Mathieu Sapin, Gallimard, 48pages et 14 euros

Pour le plaisir des petites filles

roisoleilLa série de romans à succès d’Anne-Marie Desplat-Duc, Les Colombes du Roi Soleil est aujourd’hui adaptée en bande dessinée. Les deux premiers tomes délicatement illustrés par Mayalen Goust raviront les petites filles tout en collant au récit original dans un décor historique bien documenté. En marge de Versailles, l’histoire met en scène la vie de ces jeunes filles privilégiées, issues d’un milieu noble mais pauvre, à l’école de Saint-Cyr, fondée par Madame de Maintenon. Elles y reçoivent une éducation irréprochable et bénéficient d’une dot royale. L’intrigue se noue autour de ces demoiselles : Isabeau, Charlotte, Hortense, Louise et leurs camarades, partagées entre la reconnaissance et le désir de liberté. Un récit initiatique qui mêle fiction et réalité historique à conseiller en romans ou en BD.

Les Colombes du Roi Soleil d’après Anne-Marie Desplat-Duc, T1- Les comédiennes de Monsieur Racine et  T2- Le secret de Louise de Roger Seiter et Mayalen Goust, Flammarion, 64 pages chaque, 30 euros