Les aventures de Blaguiblago ou les vicissitudes d’un couple sur la blogosphère

Les aventures de Blaguiblago ou les vicissitudes d’un couple sur la blogosphère

 

D’adorables barbes à papa à pois nouvelle génération. Sans prétention, Blagui et Blago nous font rire, nous ressemblent même un peu et nous donnent toujours le goût du revenez-y. L’idée a germé un beau jour, en mars 2010, dans l’esprit d’Eve Pisler, une Suissesse installée à Paris depuis plus de dix ans, qui met en scène les aventures de son couple en rose et bleu à découvrir sur le blog de blaguiblago.

 

C’est en créant un blog privé pour son mariage qu’Eve Pisler a découvert la facilité de tenir un blog par l’intermédiaire des plateformes gratuites proposées sur la toile. Juste le déclic qu’il lui fallait pour se lancer à son tour dans la jungle de la blogosphère BD. “J’ai créé ce blog pour me faire plaisir et également car ce média constitue un bon moteur pour faire des progrès et imposer une discipline de publications. Je n’ai jamais véritablement conçu mon blog comme une vitrine pour me faire publier, même si gagner en visibilité m’intéresse évidemment. Je me sens surtout affranchie de toutes les contraintes et j’aime cette liberté.”

Elle intègre rapidement la blogosphère et rencontre des confrères au Festiblog : son cousin le Burp ou encore Sess pour ne citer qu’eux. Elle suit également le travail de nombreux illustrateurs comme Msieu Sylvain, dont elle est fan. Eve a toujours aimé faire rire. Dans la cour d’école, elle faisait le clown devant ses petits camarades en récitant des sketchs qu’elle apprenait par cœur. Attirée ensuite par le monde de l’image, elle poursuit finalement des études de graphisme spécialisées pour les infographistes 3D à Supinfocom. “Je ne me considère pas comme une bonne dessinatrice et je complexe quand je vois le travail d’auteurs comme Aude Picault, dont j’admire le trait et l’aisance graphique. Mon objectif est surtout de raconter des histoires, de développer des scénarios et de faire rire si possible mes lecteurs.” Finalement peu sûre d’elle, mais cachée derrière son écran, Eve guette les réactions des internautes. “Les commentaires sont un moteur et me motivent pour continuer, je suis impatiente de savoir si telle ou telle note a plu, si elle a fait rire quelqu’un d’autre que moi, même si ce n’est pas forcément les blagues auxquelles je pensais qui marchent le mieux. En revanche, j’ai toujours eu des remarques gentilles et je suis extrêmement touchée lorsque je reçois un mail d’un lecteur qui a pris le temps de m’écrire.”

Les influences du monde de l’animé

Scénariste d’un album jeunesse illustré par Philippe Grammaticopoulos aux éditions Thierry Magnier, Maman jour et Papa nuit, Eve explique: “j’adore la littérature jeunesse et j’en achetais bien avant d’avoir ma fille.” Curieuse de tout, elle s’intéresse aussi bien au roman graphique qu’à la BD d’humour. “En ce moment, je lis davantage de littérature plus classique, mais je suis boulimique de BD en tout genre et même si le dessin de mon blog se rapproche plus du style des Bidochons de Binet ou de Fabrice Tarrin et ses lémuriens, je suis sensible à des auteurs très différents, depuis Lewis Trondheim à Joann Sfar, en passant par tout ce qu’a produit l’Association et, par exemple, l’Ascension du haut mal de David B a été pour moi une révélation.”

 

Eve exerce son talent de conteuse d’histoire sur différents supports allant de l’animation au conte sonore en travaillant en auteure freelance sur différents projets. L’influence du monde de l’animé est immédiatement identifiable au regard du blog de Blaguiblago, où même si les décors sont minimalistes ou inexistants, les expressions et les postures des personnages donnent immédiatement au lecteur l’impression de les voir bouger dans une cinématique irrésistible. D’ailleurs, Eve explique ”la forme des personnages de Blaguiblago est issue d’une version chamalow de caractères design que j’ai conçus pour le pilote d’une série d’animation pour lequel j’ai obtenu l’aide à l’écriture du fond de l’innovation (CNC) il y a deux ans. Même si cette série n’a rien à voir avec mon blog, la filiation entre les personnages est naturelle. J’attend actuellement des retours de chaînes et ne désespère pas de pouvoir mettre ce projet en ligne un jour.” 

La normalité d’une famille pas comme les autres

“Je peux passer des journées entières à lire des blogs BD et j’étais attirée au début pour créer un blog à thème comme celui de Guillaume Long pour la cuisine ou celui de Marion Montaigne pour la science, mais finalement c’est ma vie que j’ai préférée mettre en scène. Je ne pense pas que nous soyons particulièrement originaux, mais il m’arrive chaque jour dans mon quotidien des événements qui me font rire et je n’ai pas assez de temps pour tous les compiler sur mon blog.” Ainsi naissent les gags mis en scène dans la vie de ce couple horripilant et attachant de Blagui et Blago avec leur bébé et leur chat vert. Les deux tricotent, elle comme lui, mais Blago, lui ne dessine pas, il est musicien et a quitté sa carrière d’ingénieur pour suivre une formation et devenir ingénieur du son. Eve confesse qu’il est parfois vexé par les posts de sa femme sur son blog. On devine que les scènes de ménage chez les Blaguiblago doivent vite prendre une tonalité surréaliste haute en couleurs.

Mais si Eve s’inspire de faits réels, c’est surtout par un art inné de la dérision qu’elle cultive d’abord pour elle-même. Une recette du bonheur pour ce couple où un rien devient exceptionnel. Eve revendique son immaturité, s’en amuse, mais s’interdit toutefois des allusions trop personnelles ou blessantes vis à vis de ses proches. Peu à peu pourtant, le trait s’affirme et elle ose plus. Dans un dessin simple et efficace, Blagui et Blago deviennent de délicieux archétypes, dont on suit avec jubilation les aventures ordinaires. Leurs vicissitudes sont un peu à la blogosphère ce qu’Un gars/Une fille est à la télévision : du pur divertissement.

Lucie Servin