Les drôles de patates de Martin Vidberg

Les drôles de patates de Martin Vidberg

 

Sautées, en gratin ou en purée, les patates de Martin Vidberg ont la frite. De quoi nous faire digérer toutes ces actualités qui nous dépassent. Instit à l’origine, le dessinateur a gagné sa réputation en créant ses personnages en forme de patates après avoir été repéré sur un premier blog sous le pseudonymed’Everland.  Il est aujourd’hui un des dessinateurs les plus populaires du site le Monde.fr, en commentant chaque jour l’actualité sur son blog l’Actu en patate avec un bon mot et son trait simple comme pour mieux nous faire avaler l’absurde ou le sérieux de ces informations en série.

“Le rire c’est la santé”. A 32 ans, Martin Vidberg se fend la poire devant les actualités en dessinant des personnages en forme patate depuis son petit village de Franche Comté. Depuis 2007, il anime le blog l’Actu en patates relayé sur la plateforme du Monde.fr où il assaisonne les informations quotidiennes dans un esprit bon enfant où le rire est toujours la vocation première avec celle de divertir les lecteurs. Parcours de ce monsieur patate hilare, où l’art de faire pousser des pommes de terre autour des articles sérieux des journalistes du célèbre quotidien version numérique.

De l’instit au dessinateur : l’impérieux besoin d’équilibre.

Martin apprend à manier le crayon au fond d’un amphi pour passer le temps en écoutant les cours dispensés en vue de devenir Instit. “J’ai toujours voulu être instit, je ne me suis jamais posé la question autrement mais j’arrivais très bien à suivre les cours en griffonnant, et c’est comme ça que je me suis mis à dessiner. D’ailleurs je ne faisais pas que des patates, je m’essayais aussi au dessin réaliste”. Lecteur de bande dessinée en tous genres, refusant catégoriquement de mettre en avant telle ou telle influence, dessiner est pour lui d’abord un plaisir et un besoin, car Martin considère toute activité créatrice comme une nécessité pour équilibrer le quotidien. “Je n’ai jamais mélangé  ma carrière d’instit avec mes dessins, je dessinais pour moi, pour mes loisirs. Savoir dessiner n’est pas vraiment utile auprès des enfants qui préfèrent en général les profs musiciens.” C’est dans cette optique purement personnelle qu’il crée en 2000 son site avant même que la blogosphère n’émerge de la toile. ”Je publiais tout et n’importe quoi pour garder une trace et me donner un rythme. A vrai dire je m’en fichais complètement d’être lu ou pas. En m’inspirant de mon quotidien, j’ai eu envie de retracer ma vie de jeune enseignant.”

Diplômé en 2001, Martin plonge directement dans le bain et découvre son métier de professeur en assurant le remplacement dans un I.R., un Institut de Rééducation (aujourd’hui ITEP) auprès d’élèves “à problèmes”. Il raconte cette expérience sur son blog, se questionnant sur sa position d’enseignant, en présentant les difficultés de ses élèves dans des dessins simples mais expressifs en noir et blanc.

Loin des caricatures et avec conviction, ce récit attire Lewis Trondheim qui propose à Martin de rejoindre la prestigieuse collection Shampooing chez Delcourt et le livre est édité en 2007 sous le titreJournal d’un remplaçantL’album fonctionne bien et l’année suivante les éditions Diantre publient un petit opus, Les instits n’aiment pas l’école,  dans la lignée du volume précédent cet album se veut davantage à destination des élèves pour leur montrer que pour l’instit aussi, il est parfois difficile de se lever le matin pour prendre le chemin de la classe.

 

 

 

-> Martin raconte son expérience de blogueur 

L’actu en patates : du divertissement avant toute chose

Artiste en perpétuelle recherche et fort de cette nouvelle aventure éditoriale, Martin lanceun nouveau blog l’actu en patates inspiré par la campagne présidentielle de 2007 en se donnant pour objectif de publier un dessin par jour en suivant l’actualité.

“Après avoir beaucoup donné dans le récit autobiographique, je souhaitais m’essayer au dessin d’humour, faire des planches de gags. J’ai commencé à lire régulièrement l’actualité et j’y ai pris goût.”Parallèlement il se lance dans une parodie de la série Lost en créant sur son ancien site une série nommée “Perdus sur île déserte”.

Alors que le Monde.fr cherche à étoffer le contenu éditorial de son site, l’assiduité de Martin sur son nouveau blog et son style simple et efficace séduisent la rédaction du quotidien qui propose de faire migrer le blog sur sa plateforme. “Même si je suis sur le site du Monde, j’ai gardé une indépendance totale. Je ne cherche toutefois pas à être subversif, ce n’est absolument pas mon rôle, mes dessins existent pour rigoler et ne témoignent pas de mes engagements même quand j’aborde des sujets politiques.”

C’est ainsi que Martin Vidberg devient le dessinateur du Monde que nous connaissons.  Très vite l’audience grimpe récupérant des lecteurs sur le site du Monde mais également par notoriété depuis le web, ces dessins rencontrant toujours un public de plus en plus nombreux. “ Tout dépend de la période, les mois les plus intenses je compte près de 1 million de visites par mois, mais je remarque que les sujets qui marchent le mieux parce qu’ils sont relayés sur la toile via les différents réseaux sociaux concernent la high tech ou l’informatique, sans que ce soit forcément  les meilleurs”. Commente Martin, qui malgré les résultats chiffrés reste modeste. Ses petits personnages en forme de patate qui à la manière du célèbre jeu Mr Patato ne diffèrent les uns des autres que par leurs accessoires ont fait son succès. “Je ne prétend pas être original, je dessine ces petits personnages car je les trouve rigolos et faciles à caricaturer. ” Affirme-t-il.

Dans l’actualité, Martin joue sur les situations absurdes ou ridicules, sans jamais forcer dans les blagues salaces ou l’humour gras, il se refuse par éthique à aborder les sujets trop sérieux mais peut également traiter de sujets graves tout en gardant un ton léger. “Je ne suis pas un éditorialiste, et même si j’ai mes opinions, je veux rester un dessinateur de BD et ne pas être considéré comme un dessinateur de presse, même si j’ai beaucoup de respect pour des artistes comme Plantu et que je suis un grand admirateur de Pétillon.” Martin sélectionne toujours les sujets les plus médiatiques et travaille sur le décalage en restant à l’affut d’un bon mot, d’une métaphore souriante ou d’une parodie percutante. “Je ne prétends pas informer sur le fond, je fais référence à ce que tout le monde connaît. Mon blog c’est du divertissement, on y vient comme on va au bistrot.”ajoute-t-il.

De la BD au jeu de société

Aujourd’hui à la tête d’un des blogs les plus fréquentés du Monde.fr, Martin Vidberg a mis entre parenthèse sa carrière d’instit, en optant pour une période de disponibilité. L’artiste se diversifie dans l’illustration ou la publicité alors que son blog est depuis deux ans édité en papier avec un premier volume Quinquennat nerveux publié en 2011 alors queJusque là tout est normal vient de sortir chez Delcourt. Réunie sous forme d’anthologie, la publication assure une mise en page de qualité qui permet d’un coup d’œil de revivre les actualités toujours avec le sourire. Mais de la même manière que la bande dessinée  constituait un loisir récréatif par rapport à son quotidien à l’éducation nationale, Martin Vidberg s’évade aujourd’hui grâce aux jeux de société, une autre forme de création qui comme il l’explique “offre des possibilités de composition originale tant du point de vue de la conception des règles que d’un point de vue graphique”.

C’est ainsi qu’il a illustré déjà deux jeux créés par Ludovic Maublanc intitulésCasse-toi pov’ con en 2011 et  Si j’étais président, en 2012. “Malgré le thème, il ne s’agit pas de jeu politique. Nous avons conçu ces jeux encore une fois comme un vrai divertissement.” Assure-t-il même si l’artiste a du essuyer quelques amalgames sur ses intentions.

Lisez la note : http://vidberg.blog.lemonde.fr/2011/09/11/quand-une-mairie-interdit-un-reportage-sur-casse-toi-povcon/

Devenu par ailleurs membre du jury du Festival international des jeux de Cannes mais trop occupé sur son blog, Martin a peu de temps à consacrer à la conception de jeux mais relais sur son site  les informations contribuant à faire connaître cette sphère ludique très peu traitée dans les médias. Il a d’ailleurs compilé un catalogue très bien fait pour les fêtes de fin d’année.

 

http://vidberg.blog.lemonde.fr/2012/12/02/le-catalogue-de-noel/

“Dessinateur, cultivateur et interprète”, Martin a l’art de toujours dénicher de nouvelles voies pour aborder le quotidien avec le sourire. De l’actualité aux jeux de société, autant d’univers qu’il explore en récoltant ses adorables patates qu’on apprécie à toutes les sauces.

Lucie Servin

Retrouvez Martin Vidberg sur facebook et twittersur son site ou sur son blogl’Actu en patates