Malec et l’art du turbomédia, l’avenir de la BD numérique

Malec et l’art du turbomédia, l’avenir de la BD numérique

 

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A 28 ans, récompensé par le Prix révélation blog à Angoulême cette année, Alexandre Ulmann, alias Malec explore depuis plus de deux ans les possibilités du turbomédia, une nouvelle forme de BD numérique et dynamique qui démontre les possibilités d’avenir adaptées spécifiquement à un nouveau support. Portrait d’un artiste du futur à retrouver sur son blog (Le blog à Malec).

Alors qu’il se prédestinait à une carrière de pilote de chasse, Malec a du se rendre à l’évidence : ses mauvais yeux et les longues études exigées par cette profession ne lui permettaient pas de réaliser ce rêve de gamin. Grand bien lui en a pris puisqu’il a donc décidé de se lancer dans le dessin et l’animation. Dessinant depuis le plus jeune âge, il commence à prendre des cours très tôt et, après son bac, il se spécialise dans le dessin animé, poursuivant des études à l’école Pivaut à Nantes (2003-2006). Après son diplôme, il travaille comme story-boarder, un métier qu’il exerce encore à ce jour. Avec modestie, Malec précise qu’il se considère d’ailleurs davantage comme un “raconteur d’histoire” plutôt qu’un dessinateur.

Révélation nippone

Attiré par la BD depuis toujours, si Malec aujourd’hui ne conçoit pas autrement le neuvième art qu’en terme numérique, il a toujours été un grand lecteur des classiques franco-belges, Boule et Bill, Astérix ou encore les Schtroumpfs et reste fasciné par les dessinateurs de Disney, comme Carl Barks et Don Rosa ou encore Juanjo Guarnido formé à cette école. “Enfant, j’aurais bien voulu travailler pour les studios Disney, puis je me suis rendu compte progressivement que ce ne serait peut-être pas aussi magique. Mais j’ai gardé une grande admiration pour les artistes qui y travaillent. A Angoulême cette année, j’ai pu profiter de l’exposition et j’ai attendu près d’une heure pour une dédicace de Don Rosa. J’avais tellement de choses à lui demander que quand je me suis retrouvé en face de lui, j’ai balbutié comme un gamin et rien n’a pu sortir ”,explique-t-il. Contrairement à d’autres, Malec découvre l’univers des mangas et de la “japanim” assez tardivement au moment de ses études. C’est une véritable révélation. Tandis qu’il travaille en France en tant que story-boarder, il rencontre Eddie Mehong qui lui propose de rejoindre un studio d’animation japonais où travaillaient déjà quelques Français, à la seule condition qu’il apprenne la langue. Sans sourciller, Malec s’exécute et s’envole pour le Japon de 2008 à 2011.

Je ne me cache pas de mes influences japonaises, j’y ai tout appris et les mangas ont le don de me faire rêver. J’ai lu tous les grands maîtres, de Tezuka à Toriyama, en passant par Junji Ito ou bien encore Urasawa pour ne citer qu’eux”. Au cours de cette expérience nippone, Malec rencontre sa femme, une coréenne partie au Japon pour étudier la langue avec qui il rentre en France et qui lui inspire ses petits sketchs sur son nouveau blog, le blog à Malec. “Nous souhaitons retourner en Asie, certainement l’an prochain, car ma femme a du mal à se faire à la culture française”, confie Malec, trop amoureux de la culture japonaise pour la contredire.

Le blog à Malec et le turbomédia

Avant d’aller au Japon, Malec avait déjà testé des expériences en tant que blogueur avec quelques amis. Une fois rendu dans l’Archipel et en travaillant dans le monde de l’animé, il découvre le turbomédia à travers une présentation faite par Balak sur le site Catsuka.com. Fasciné par ce nouveau format, il rentre en contact avec Balak alias Yves Bigerel pour l’expérimenter à son tour et ouvre dans la foulée le blog à Malec, dans lequel il extrapole ses auto-fictions, en mettant en scène sa vie de couple à travers de petites saynètes pleines d’humour. “Ma femme est souvent à l’origine des gags que j’imagine, mais en réalité, à la maison, je suis un vrai canard et si je me venge parfois dans mes mises en scène, c’est elle qui porte la culotte”, commente Malec. “Le turbomédia est une sorte de diaporama animé en flash qui permet une lecture très facile puisqu’on se sert juste du clic droit ou gauche pour avancer ou reculer. Cela implique une narration originale et dynamique, à mi chemin entre la BD, le dessin animé et la video”, ajoute-t-il (1).

De retour en France, il rencontre Balak et se lance avec lui dans la promotion de ce nouveau média adapté spécifiquement à la lecture numérique. “Notre objectif est de démocratiser au maximum cette nouvelle forme de narration afin que d’autres s’en emparent. Le seul problème, purement technique, que nous rencontrons reste que le flash n’est pas compatible sur les tablettes Apple, mais nous ne désespérons pas de trouver des développeurs qui pourront nous sortir de la panade, pourquoi pas avec le html 5.” Le turbomédia permet en outre une flexibilité plus grande et Malec, aidé par Ronald Carmet, propose aussi une traduction de certains de ses posts en anglais.

Un turbo pour l’avenir

Le Prix de la révélation blog offre à Malec de nouvelles perspectives et sans que rien ne soit encore écrit, il discute actuellement avec Wandrille, l’éditeur de Warum et Vraoum  pour décider d’une publication. Il est d’ores et déjà certain qu’il ne s’agira pas d’un format traditionnel. “Nous allons réfléchir à quelque chose de neuf. Certains éditeurs sont trop frileux vis-à-vis de la BD numérique, car ils affirment qu’il n’existe pas de marché. Ce genre d’affirmation me met hors de moi, car il n’a jamais été aussi facile de se faire éditer en papier et aussi difficile de se faire connaître par ce biais. Des projets comme Lastman, avec Bastien Vivès, Michael Sanlaville et Balak sont des vraies propositions pour l’avenir au niveau du format, mais également d’une promotion qui s’appuie sur le web et les réseaux sociaux. Ce marché existe, Thomas Cadène l’a prouvé avec Les autres gens et c’est donc aux éditeurs de se mettre au travail. Bien sûr, les choses bougent, et autour d’Ankama,Delitoon avec Didier Borg ou encore Louis-Antoine Dujardin chez Dupuis, de nouveaux modèles apparaissent.” Autant de nouveaux horizons pour Malec, qui n’a pas fini de nous faire rire en mettant en scène son couple. Une histoire à suivre, mais en numérique cela va de soi.

Lucie Servin

Retrouvez Malec sur son blog et sur facebook

(1) Vous pourrez lire les turbomédias de Malec sur son blog car il est impossible de les exporter.