Salch et les Filles

Salch et les Filles

PUB-LES-MEUFS-COOLAvis aux connaisseurs du blog d’Eric Salch, dont certains postes étaient compilés dans son premier album Ma Life. Les Meufs cool vient de sortir, une histoire en grande partie inédite, où le trublion revient sur ses expériences amoureuses depuis son divorce. Quand d’autres se rangent, Salch redécouvre les joies d’une adolescence à retardement.

Salch a fait un livre, un vrai, tout seul. Sans son copain Eldiablo, « le scénariste culte des lascars », dont il raconte l’expérience aussi traumatisante que son divorce après trois gosses et dix ans de mariage. Une crise de la quarantaine, en somme. Sans un bon coup de botte, il y serait encore. Un livre avec une histoire, un début et une fin, même si à la fin on peut tout reprendre depuis le début, mais ça, c’est pas de la faute de l’histoire, c’est Salch qui tourne en rond, et qui n’en a pas fini de balancer entre les meufs cools ou pas cools. L’histoire elle, elle existe et le format de strips en quatre cases donne de la fluidité à la lecture. Rien à voir avec les assemblages anarchiques qu’on peut voir sur son blog, tels qu’ils étaient retranscrits dans son premier album Ma Life.

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Salch s’applique car même un salch évolue. Dans Fluide Glacial où il publie les aventures de Mon Ami Marcel, ou sur son blog, les cases s’ordonnent et il utilise maintenant du bleu, risquant d’autres couleurs. Faudrait-il croire qu’il s’assagit ? Pas vraiment. En réalité, il persiste. Dans les Meufs cool, on retrouve le style Salch premier cru, les bulles jaune et rouge, et surtout son petit personnage, aux yeux globuleux et au nez pointu. Un lui-même qu’il prend plaisir à dessiner sous sa douche avec un troisième membre, qui lui descend jusqu’aux genoux. On s’étonne de ne pas trouver une bonne blague bien salace sur la longueur de sa queue, et pourtant on ne trouvera rien pour deux raisons principales : d’une part il y a des choses qui chez Salch relève de l’évidence et d’autre part, en perspective, il y a malgré tout une certaine pudeur et la peur de se taper l’affiche.

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Salch est une contradiction et c’est le principal ressort comique de tous ses sketchs. Il gesticule dans tous les sens pour attirer l’attention, se faire aimer, et au moment où le lecteur s’attendrit, il lâche un prout ou une insulte. Avec les meufs c’est pareil, les cools, les pas cools. Salch, c’est l’aventure à l’intermarché, le fantasme d’une partouze sur youporn, mais c’est surtout une lutte contre le quotidien et la banalité morose de la vie. Le rire joue le rôle d’antidépresseur, peu osent à ce point jouer la carte du narcissisme. Salch va jusqu’au bout, la vengeance en exutoire, cherchant les frontières du connard qui sommeille en lui et contre qui il se bat. Soit on aime, soit on n’aime pas, et peut-être encore plus dans ce livre, où Marcel et ses amis ont disparu. Plus intime, plus tendrement insupportable, l’expérience est radicale.

Lucie Servin

Les Meufs cool, Eric Salch, Editions Les Rêveurs, 176 pages, 15€

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Lisez l’article sur le blog d’Eric Salch, par le calamar noir