Le Mexique des crevardos

Le Mexique des crevardos

barberousseAmis Parisiens, Camille Burger dédicacera ce soir à 18heures, « El guido del crevardo » à la librairie Barbe Rousse, 69 rue Rochechouart. L’occasion rêvée de rétablir la vérité sur ce pays qui alimente tous les fantasmes depuis une semaine.

Après qu’un ado canadien ait confondu sur Google Earth, un champ en pleine jungle avec la plus grosse pyramide maya jamais construite, la presse internationale subit encore aujourd’hui les secousses de ce canular, à l’origine d’une crise de confiance généralisée. Partie en croisade depuis une semaine pour remettre les journalistes incompétents dans le droit chemin déontologique, je trouve encore des petits malins pour douter du démenti des archéologues du monde entier, et même de ceux qui fouillent à quelques kilomètres du dit champ. J’ai donc décidé de faire mon job, reprenant la méthode de William Gadoury ( car le célèbre ado a un nom et même une page wikipedia depuis) qui consiste à affabuler entre son écran et son canapé. Me voilà donc partie au Mexique avec le livre de référence du moment, j’ai nommé « El guido del crevardo » de Camille Burger. Dans un hamac, je lis avec une Margarita, écoutant la cumbia, à l’ombre de mon sombrero, parce que ça met dans l’ambiance, mais de jour, en me méfiant désormais des étoiles. Une plongée hilarante et instructive au pays du mescal, de la tequila, des tacos, des Mariachis et des pyramides.

 

Une valise qui ne ferme pas, Pedro qui perd son passeport deux jours avant le départ pour le retrouver dans le frigo, et trois dessinateurs enfournés dans un vol low-cost pour une traversée de l’Atlantique horripilante. De Mexico jusqu’au fin fond du Yucatan, en passant par le Chiapas, le Jalisco et Oaxaca, les gags s’enchainent au gré des destinations, à la manière d’un carnet de voyage, qui retrace le circuit touristique classique du trio français en vacances, avec Camille Burger alias Camilla Borges le chien rouge, Pierre Place dans le rôle de Pedro Zocalo le chat violet, et Camille Besse en Donna Besse l’oie blanche.

burger2 Curieux mais un peu angoissés à l’idée de sortir des sentiers battus, ils parlent espagnol comme un troupeau de vaches indiennes et se rabattent sur les conseils du Lonely Planet. Du café jus de chaussette aux burritos, l’estomac se tord et le corps expulse comme il peut les frijoles et l’aguardiente. La tourista n’est jamais bien loin, mais le guide va plus loin, et juxtapose à chaque page des anecdotes sur la culture locale, en soulignant par le décalage les comportements entre locaux et gringos induits par le tourisme. Haut en couleur, les images vives et exotiques caricaturent le choc culturel et exposent avec justesse le jeu de dupe entre les habitants et les étrangers, de la jungle à la plage, en passant par ces villes musées notées quatre étoiles sur le guide de voyage. Au pays du serpent à plumes, le dépaysement s’amuse des clichés relevés par ces personnalités critiques envers le décor et eux-mêmes, quand l’humour épingle les situations cocasses et hallucinées.

 

burgerTulum

Anecdote nostalgique

guide du mexiqueCe livre s’adresse à tous les voyageurs. J’avais 23 ans quand je suivais presque le même itinéraire. A ceci près qu’à l’époque, nous avons préféré faire un tour dans le nord du pays, en nous épargnant la visite de la péninsule de Yucatan, colonisée par les Nord-Américains.. Tout y est cher et désespérément détruit par les beaufs, bien décrits dans le guide de Camille Burger, un peu comme Ibiza ou la Costa brava. Pour le reste, j’atteste de tout et savoure le partage de l’expérience vécue. J’ai d’ailleurs couru offrir cet album à mon ancien compagnon de route, dont je tairais l’identité, parce qu’il a horreur qu’on parle de lui, et parce que de toute façon, avec son prénom marocain imprononçable pour les Mexicains, il s’est appelé Juan pendant tout le voyage. C’était plus simple. L’exotisme du Maghreb jouait d’ailleurs en sa faveur, son teint basané l’assimilait facilement à un local et je l’ai vu parfois rire de ma peau de rousse, rougissant, pelant, dégoulinant au soleil, de ma face européenne qui me donnait le brillant d’un dollar ambulant. Souvenirs.
El Guido del Crevardo – Mexique, Camille Burger, Editions, Fluide Glacial, 96 pages, 17 €

-> Une liseuse pour lire les 10 premières planches de l’album

Les clichés cuisinés à la sauce Pedro

zapatistas-par-pierre-place (1)Pierre Place alias Pedro dans la saga des crevardos se fascine également pour le Mexique dans son travail. Il a déjà publié dans AAARG ! ses parodies de la révolution mexicaine à travers les épisodes de Zapatistas, dont l’album est paru. Il continue aujourd’hui avec Muertos, une série en cours dont le 6ème épisode vient de paraître dans le mensuel AAARG! du mois de mai, (disponible en kiosque). aaarg-mensuel-n3A noter que le dessinateur signait la couverture du magazine le mois dernier.

 

En noir et blanc, dans un trait qui reprend toute l’imagerie associée aux corridos, Pierre Place prend à son tour le contre-pied des clichés du genre. L’hacienda du grand propriétaire Don Alvaro est prise d’assaut par une révolte de va-nu-pieds zombies, les « calaveras ». Le scénario rejoue la lutte des classes dans une caricature hilarante, qui s’exprime aussi bien par les dialogues que par l’allure des personnages. Hélas, la série est en suspens, le magazine AAARG connait à l’heure actuelle des difficultés (à lire ici ), espérons qu’il reprenne, car on aimerait savoir ce qu’il arrivera au patron menacé dans le dernier épisode !

Lucie Servin

 

Message de Soutien à AAARG ! : J’écris moi-même des critiques dans AAARG! depuis trois mois, dans mon humble carrière, c’est le journal pour lequel je suis le plus fière de travailler. Je suis si triste de le voir menacer. 

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