De l’égoïsme dont on fait les crises

De l’égoïsme dont on fait les crises

couvcunninghamDarryl Cunningham décrypte 
en BD la pensée libérale 
de la philosophe Ayn Rand.

En France, peu connaissent Ayn Rand (1905-1982) et pourtant, cette scénariste, dramaturge, romancière et philosophe est considérée aux États-Unis comme une des pionnières de la pensée néolibérale et conservatrice. Son roman Atlas Shrugged (la Grève, 1957) s’y écoule en moyenne chaque année à 300 000 exemplaires. En 2012, quand le Monde et Télérama esquissaient un portrait critique de cette égérie capitaliste, dénonçant les bases philosophiques d’une campagne présidentielle aux États-Unis minée par la crise économique et la montée de mouvements extrémistes comme le Tea Party, quelques partisans français montaient au créneau. La biographie d’Ayn Rand sert de point de départ à Darryl Cunningham dans l’Ère de l’égoïsme pour dérouler un siècle d’histoire économique et politique.

Individualisme à outrance

Avec pédagogie et humour, en bande dessinée, il retrace les étapes de la dérégulation des marchés, en soulignant le rôle du politique, de l’État et de la démocratie autour des mécanismes de la crise financière. Ayn Rand est une clé pour comprendre les enjeux actuels. En effet, nous sommes largement tributaires de cette philosophie objectiviste qui fait de l’égoïsme une valeur morale, de l’altruisme une faillite, et qui prône la toute-puissance du laisser-faire économique. Celle qui voyait fleurir sa tombe d’une gerbe de deux mètres de longueur en forme de dollar à New York en 1982 était née à Saint-Pétersbourg en 1905. Elle émigra aux États-Unis en 1926 pour fuir la révolution bolchevique dont elle garda une haine structurelle contre toute pensée collectiviste. La force d’Ayn Rand est d’avoir donné à la pensée ultralibérale une justification philosophique et morale. Nombreux s’en réclament : le président Reagan, Alan Greenspan,